Ce billet suit le chemin par lequel la notion d’agenda civique est devenue pertinente pour moi.
La notion n’apparaît pas ici comme un choix théorique posé d’emblée et si elle mérite aujourd’hui d’être travaillée c’est parce qu’elle a été rencontrée, puis réactivée, avant de devenir questionnante au regard de situations locales en devenir.

Une première rencontre : la notion comme médiation

La première rencontre avec la notion d’agenda civique s’est faite de manière indirecte en explorant le travail de Raphaëlle Bats1,notamment autour des bibliothèques intérieures 2, de ses activités à l’URFIST, et de la mise en œuvre d’un cours en ligne consacré aux sciences citoyennes3 dans lequel la notion apparaît, non comme un concept isolé, mais comme un outil de médiation entre sciences, société et action collective.

Dans la description même de ce cours en ligne, l’agenda civique sert à désigner ce que la recherche peut soutenir lorsqu’elle se met au service de préoccupations formulées hors du seul cadre académique : des enjeux portés par des collectifs, ancrés dans des territoires, cherchant à transformer des situations concrètes.

À ce stade, la notion n’était pas encore travaillée en profondeur. Elle agissait comme un signal discret mais structurant en nommant quelque chose d’important sans en fixer encore les contours.

Une réactivation : la notion à l’épreuve de l’expérience

La lecture du retour sur l’expérience ISOPOLIS, menée à La Réunion4[@chabanet2025_isopolis]5 est venue agir comme une réactivation.
Elle n’a pas fonctionné comme un modèle à reproduire, mais comme un miroir contrefactuel : un dispositif permettant de réfléchir, par contraste, aux conditions, aux tensions et aux déplacements qu’impliquerait une mobilisation de la notion d’agenda civique dans d’autres contextes.

Dans ce cas précis, la notion n’est plus simplement évoquée dans un cadre pédagogique : elle est mise au travail dans un dispositif complexe d’alliance entre société civile et recherche.

L’agenda civique y apparaît comme ce qui précède la recherche, ce qui en oriente les usages,
ce qui résiste parfois à sa formalisation, et ce qui oblige à repenser les rôles respectifs des chercheurs et des citoyens.

À travers ISOPOLIS, la notion cesse d’être seulement descriptive.
Elle devient opératoire, mais aussi problématique : traversée par des tensions, des malentendus, des besoins de traduction.

La question change alors de nature : il ne s’agit plus seulement de comprendre ce qu’est un agenda civique, mais de se demander ce que cela engage de le reconnaître comme tel.

Une projection : la notion comme possible fédérateur local

Plus récemment, des signes locaux - discrets, fragmentaires, encore incertains - ont conduit à rouvrir la question une troisième fois.

Dans des échanges, des projets embryonnaires, des intuitions partagées sans encore prendre forme, apparaît l’hypothèse que l’agenda civique pourrait constituer non pas un mot d’ordre, mais un point de ralliement conceptuel souple : capable de fédérer sans homogénéiser et
d’orienter une action locale sans la programmer.

À ce stade, rien n’est arrêté, il n’y a ni collectif constitué, ni action stabilisée, ni problème clairement formulé.

C’est précisément dans cette indétermination que la notion devient intéressante : elle semble offrir un langage pour tenir ensemble l’exigence de compréhension, le respect des situations et la possibilité d’agir.

Poser un socle avant les usages

C’est à partir de cette trajectoire - rencontre, réactivation, projection - qu’est né le besoin de travailler la notion dans sa formulation académique stabilisée.

Non pour s’y conformer, mais pour disposer d’un socle de compréhension partagé, avant d’en examiner les usages situés, les appropriations collectives et les déplacements possibles.

Le dossier qui suit s’ouvre donc par une exploration des définitions, cadres théoriques et usages existants de la notion d’agenda civique dans la littérature, afin d’y puiser des ressources conceptuelles utiles à l’action comme à la réflexion.

👉 Accéder au dossier « Agenda civique »


Références

Footnotes

  1. Raphaëlle Bats, conservateur des bibliothèques, co-responsable, référent « Information scientifique et technique » URFIST Bordeaux

  2. Raphaëlle Bats introduit les cafés citoyens de Biganos pour valoriser l’importance des échanges de savoir et d’investir le « comment » Vidéo

  3. Les projets de science citoyenne orientés vers l’action encouragent l’intervention des participants dans les préoccupations locales, en utilisant la recherche scientifique comme un outil pour soutenir les agendas civiques. Cours en ligne Sciences et recherches participatives-Volet Action locale

  4. ISOPOLIS ou les enjeux d’une alliance sciencesociété à l’initiative de la société civile

  5. « La démarche d’ISOPOLIS vue de l’extérieur », par Thomas Delahais