Genèse
Conversations en lisières est né d’un déplacement intérieur lent, issu de situations vécues, où il m’est devenu nécessaire de comprendre comment une pensée se forme depuis l’expérience et non depuis une position extérieure ou surplombante assumée.
Habiter en chercheur
En m’autorisant à habiter en chercheur j’ai dû reprendre une question que je croyais acquise : finalement, qu’est-ce qu’habiter lorsque l’on considère que penser, agir et vivre ne peuvent être séparés sans perdre ce qui fait sens. Habiter ne s’est plus présenté comme le fait d’occuper un lieu ou d’y intervenir ponctuellement mais comme exister dans un milieu d’expérience fait de relations, de gestes ordinaires, de proximités organisées, d’engagements collectifs et de contraintes concrètes.
Penser depuis l’espace vécu
Ce déplacement a demandé un travail patient de déconstruction des évidences, en particulier celle d’un savoir séparé du vécu, et m’a conduit à penser depuis l’espace vécu lui-même, là où l’on agit sans disposer de toutes les informations. Agir ainsi implique d’accepter l’incertitude, les tensions, les désaccords et les effets différés de l’action dans des contextes où les conséquences ne se mesurent pas immédiatement et où l’on hérite toujours de ce qui a été laissé auparavant.
Une posture relationnelle
Cette posture n’est pas solitaire, car habiter en chercheur, c’est faire avec ses voisins, au sens large, dans des relations ordinaires où l’enquête se tisse avec d’autres au fil de situations partagées parfois fragiles et souvent décisives. Toute action collective engage alors des rôles différents, des temporalités qui ne coïncident pas, des attentes parfois contradictoires et la nécessité de construire une représentation partagée de ce qui est en train de se jouer pour pouvoir avancer ensemble.
Une médiation située
Conversations en lisières propose de rendre visibles les coulisses de ce travail, non comme des résultats stabilisés ou des modèles à reproduire, mais comme une médiation située attentive au sens qui se loge dans les activités ordinaires. Ce qui est recherché ici n’est ni la performance ni la certitude, mais une capacité accrue à agir avec lucidité dans un monde incertain, en prenant soin des conditions relationnelles et symboliques de l’action collective.
Une expérience de citoyenneté
Cette démarche s’inscrit explicitement dans une expérience de citoyenneté. Elle vise à soutenir ce que certains travaux désignent comme la capacité politique des citoyens : la capacité effective à juger des situations vécues, à formuler des problèmes communs et à prendre part à leur transformation en dehors des seules scènes institutionnelles ou représentatives.
Écriture et récit d’action
Le dispositif s’inscrit dans une pratique du récit issue de l’action elle-même, il ne s’agit pas de raconter après coup ce qui aurait fonctionné ou échoué, mais de documenter les déplacements, les hésitations et les bifurcations au fil de l’expérience. Ce récit, parfois nommé praxéologique, ne sépare pas l’expérience, la réflexion et l’apprentissage, et permet de transformer ce qui a été vécu en ressource partageable pour la suite des actions collectives. Dans cette perspective, l’écriture n’est pas une conclusion : elle sert à garder trace, à rendre partageable et à soutenir une attention collective aux conditions subjectives, relationnelles et organisationnelles de l’action.
Parcours et Labo
Les textes, parcours et expériences proposés sur ce site peuvent se lire, mais surtout s’éprouver. Certains prennent la forme de récits, d’autres de dossiers ou de fiches, d’autres encore invitent à entrer dans une situation. Le Labo Penser ensemble l’œuvre à faire est l’espace où cette expérimentation est assumée comme telle : il propose des parcours à traverser pour éprouver ce qui se joue dans l’action collective en situation incertaine.
Une traversée assumée
Ici, rien n’est garanti. Il s’agit d’essayer, de revenir, d’ajuster. C’est dans cette traversée parfois inconfortable que peut se former une attention plus fine aux conditions du penser et agir ensemble, comme pratique politique ordinaire, située et partagée.
